LA RALLONGE / LA COMBINAISON #1

Sarah Brault
3 min readJan 23, 2017

Film 4 réalisé par Phi VO / Musique 11 improvisée par Marc Démereau au synthétiseur et Jean-Pierre Vivent à la batterie.

http://larallonge.franceimpro.net/play/4/11

« Voici l’histoire de Roof et Top ».

Le premier son ressemble à un souffle. Il a quelque chose du vent.La première image, des bougies allumées.Le souffle éteint les bougies, à la seconde 0 :02, l’image est plongée dans le noir.

À volume faible, un ostinato rythmique s’installe. Il n’est pas sans rappeler le son d’une locomotive, plus largement, celui de la ville. Le synthétiseur laisse résonner des harmoniques qui viennent étoffer le tapis sonore créé par l’ostinato. Elles apportent à la vidéo un aspect sensible et délicat, annonciateur de la relation étrange entre Roof et Top.
Peu à peu, la musique, la ville, se réveillent, l’image s’éclaircit. Dans cet univers urbain, une cheminée fumante apparaît au loin. Le synthétiseur fait entendre des motifs distordus, cassés, électriques peut-on dire, qui collent à l’image vue par la caméra tremblante.

« Leur passion commune pour les rêves »

Au moment où cette phrase apparaît, un son retentit. C’est une note tenue jouée au synthé qui se rajoute à la matière présente. Elle se rajoute à ce qui est déjà là. Voilà un joli figuralisme du rêve : quelque chose de plus qui élargit la réalité, y apporte une autre dimension. L’univers de cette combinaison est tout à fait singulier, alliant rêve, liberté, peur, richesse et pauvreté. Pendant qu’un texte nous rapporte l’histoire de Roof et Top et que les images défilent en arrière plan, la musique est de plus en plus puissante, le rythme s’accélère, le synthé appuie l’atmosphère avec de longues notes dissonantes. Tout cela rajoute de l’émotion et de la tension, alimente une ambiance spéciale. Voici l’illustration de la relation insaisissable et de l’invitation au voyage, excitante et effrayante. Folie, liberté.
1 :27, autour des fils électriques, les couleurs de la nuit changent en rythme avec le motif répété au synthé. Le train avance entre les câbles et tous ces câbles sont autant de lignes droites qui segmentent l’image depuis le début de la vidéo. Tout avance dans l’urbanisation, tout vit, comme si chaque chose faisait fonctionner la machine, l’industrie. La musique nous transporte dans cette dynamique avec un ostinato mélodique discret et une batterie aux rythmes entrainants.

La route défile très vite, il y a des lumières dans le ciel, mais rien n’est percevable. Ils partent mais ils partent où ? Tout reste flou, emmêlé comme les mélodies du synthé, et la batterie joue de plus en plus fort.

Voyage, fuite, peur, liberté, vide, plénitude, grandeur et petitesse : vivant. Autant de paradoxes reflètent cette combinaison.

Top n’a pas écouté. Il se retrouve seul face à sa peur. Le synthé lance alors un accord porteur de tension qui pourrait symboliser l’angoisse de Top. Des trains, des trains dans la ville, Top à peur des trains. Une chaise vide, Top est tout seul, et il y a cet accord angoissant qui prend toute la place. Des trains, des voitures, tout s’arrête.

Cette combinaison marche particulièrement bien ne serait-ce que par la coordination entre le son et l’image, tout au long de la vidéo. Une progression de départ commune, un arrêt simultané, une énergie partagée. Dans l’image, tout se passe vite, tout est rapide, tout est urbain. Dans la musique tout accélère, la tension augmente. Ces deux instruments figurent les sons de la ville, le timbre électronique du synthétiseur réfère aux progrès industriels, à l’urbanisation, la batterie renvoie aux bruits de l’usine. Tout cela reste dans une atmosphère sensible qui s’accorde bien à l’histoire contée par le texte.

Sarah Brault

Cet article est publié sur le site du collectif La Rallonge -France Impro

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Sarah Brault

Amatrice de concerts, de musique et de musicologie, je suis particulièrement intéressée par les musiques improvisées et contemporaines.